Dégustation de Vins Liquoreux de Bordeaux

 

Compte rendu de la dégustation : 

Pour cette dégustation, nous avons le plaisir d’accueillir Isabelle Audouin Wastin venue nous faire découvrir les sweet Bordeaux, c’est-à-dire les vins blancs liquoreux du vignoble Bordelais. Originaire du sud-ouest de la France, celle qui se fait appeler Isabelle de Bordeaux a conseillé pendant quinze ans les plus grands Châteaux. Récemment diplômée en sommellerie et analyse sensorielle, elle est aujourd’hui conférencière, formatrice de l’École du vin de Bordeaux et consultante en oeno-sommellerie et oeno-tourisme.

 

C’est d’abord une agréable surprise de déguster des vins si peu répandus lorsque l’on sait qu’ils ne représentent que 3% des AOC et 1,5% du volume de production de la région viticole bordelaise. Dès lors, ces derniers sont synonymes d’exotisme dans la région et sont aisément associés à une dimension festive, contrairement aux traditionnels vins rouges.

En effet, tandis que Bordeaux produit des vins rouges depuis plus d’un millénaire, c’est seulement au XVIIème siècle que le vin blanc liquoreux apparaît. C’est d’abord un accident qui en est à l’origine. Alors que la famille propriétaire du majestueux Château d’Yquem était en vacances en période de vendanges, les raisins de leur domaine ont atteint un stade de surmaturation. À leur retour, la famille fait ce triste constat, mais décide tout de même de vendanger malgré l’état des raisins. Ils vinifient la récolte et c’est ainsi qu’ils font la découverte du vin blanc liquoreux. Par la suite, l’usage de la vendange tardive se répand jusqu’au XIXème siècle, où l’on met au point la technique de vendange par tries successives. Il peut y avoir jusqu'à 6 ou 7 tries successives comme au Château d'Yquem, impliquant un travail conséquent et minutieux. Enfin, bien que les sweet Bordeaux soient de plus en plus connus et appréciés, notamment par les jeunes générations, c’est seulement en 2006 qu’a lieu la première étude sur la caractérisation de l’arôme des vins liquoreux.

 

Mais qu’est-ce qu’un vin liquoreux ? Ces derniers se distinguent avant tout par la présence de sucres résiduels. On considère comme moelleux un vin lorsque la quantité de sucres résiduels est inférieure à 45g/L. Un vin est considéré comme liquoreux lorsque cette quantité est supérieure à 45g/L.

Nous savons parfaitement expliquer d’où vient l’importante teneur en sucre de ces vins. Il s’agit d’un champignon microscopique, le Botrytis Cinerea, qui donne des raisins riches en sucre et en arômes originaux. La botrytisation, phénomène qui correspond au développement du champignon, est un processus lent et très irrégulier, c’est-à-dire que chaque parcelle, chaque cep et chaque grappe de raisin sera affecté d’une manière singulière.

La région bordelaise présente des caractéristiques climatiques idéales pour le développement du champignon. On constate une alternance entre des matinées brumeuses et humides, avec des après-midis chauds et ventés. l’humiditié produite par la forêt des Landes au sud du vignoble est un élément supplémentaire. On retrouve ainsi les deux conditions optimales au développement du champignon : l’humidité et la chaleur.

 

Aujourd’hui, les 3 381 hectares de vignes destinées à produire 81 296 hectolitres de vins blancs liquoreux sont regroupés autour de 10 appellations. Ce sont à peu près 10,9 millions de bouteilles qui sont vendues chaque année pour une grande majorité en France (71%). Parmi les vins blancs liquoreux, le Sauternes correspond à l’AOC la plus prestigieuse, elle comporte quelques vins mondialement reconnu comme le Château d'Yquem, seul premier cru supérieur retenu dans la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855.

 

Pour cette dégustation inédite des sweet Bordeaux, Isabelle de Bordeaux nous a présenté 4 références.

 

 

Château Couturat, Premières côtes de Bordeaux, 2014

 

Encépagement : Sémillon (100%)

Prix : 6€

 

Ce vin provient du Château Couturat, qui est une exploitation familiale d’une superficie de 37 hectares, située sur la commune de Pian sur Garonne, au cœur du vignoble Bordelais. Les vignes de plus de 20 ans jouissent de coteaux argilo-calcaires. La vinification et l’élevage se font en cuves. Ce vin présente un taux de sucres résiduels de 52g/L et un titre alcoolique de 12,5 degrés.

 

Ce premier vin présente une robe jaune dorée laissant apercevoir des reflets verts trahissant sa jeunesse. Le liquide est d’une belle fluidité et offre un disque brillant. Au nez, nous sommes frappés par les odeurs de fruits qui s’en échappent. On peut sentir des agrumes comme du citron confit, mais aussi de la mandarine. Des arômes végétaux et floraux s’échappent : du cédrat et de l’acacia sont identifiables. Lorsque l’on porte le vin à la bouche, la fluidité est surprenante. Les arômes fruités sont confirmés, nous avons l’impression d’avoir un jus de salade de fruit en bouche. La fin de bouche est caractérisée par un parfait équilibre entre une sensation fruitée et acidulée.

 

 

Château Bel Air cuvée prestige, Sainte-Croix-du-Mont, 2010

 

Encépagement : Sémillon (80%), Sauvignon (10%), Muscadelle (10%)

Prix : 15€

 

Avec des origines remontant à 1648, le Château Bel Air fait partie des plus anciennes propriétés du célébre vignoble de Sainte-Croix-du-Mont. Les 30 hectares de vignes du domaine s’enracinent depuis plus de 40 ans dans un sol argilo-calcaire et font l’objet de vendanges manuelles. Le vin de la cuvée prestige profite d’un élevage en barrique pendant une durée de 12 mois. Ce vin est plus puissant, puisqu’il présente 150g/L de sucre résiduel et est d’un degré d’alcool de 13,5%.

 

Visuellement, ce deuxième vin est d’une couleure or plus profonde que le précédent. Nous pouvons repérer les larmes du vin qui collent de manière plus importante au verre. Le nez est également plus expressif. Des arômes floraux tels que de l’acacia, de fruits exotiques et végétaux comme de l’aubépine ressortent. En bouche, nous sommes frappés par l’onctuosité du liquide. Un goût de brioche beurrée et toastée se fait sentir. L’équilibre entre le sucre, l’acidité et l’alcool est respectable.

 

 

Château Villefranche, Sauternes, 2009

 

Encépagement : Sémillon (100%)

Prix : 18-20€

 

Le Château Villefranche est une propriété familiale qui s'inscrit parmi les plus anciennes du Sauternais. Il appartient à la même famille depuis le milieu du XVIIème siècle. Il est situé sur la commune de Barsac, seule commune ayant le droit d’afficher « Sauternes » pour des raisons commerciales. Les 10 hectares de vignes ont plus de 30 ans et font l’objet de vendanges manuelles par tries successives. L’élevage de ce vin se fait en barrique. Il présente un potentiel de garde de plus de 20 ans.

 

La robe de ce troisième vin est plus pâle et présente des reflets verts malgré son âge. Le disque est tout de même éclatant. Le premier nez est plus discret que les vins précédents. C’est à partir du second nez que l’on reconnaît des odeurs fruitées comme du pamplemousse. Des parfums plus sucrés s’échappent également, une impression de pâte d’amande se fait sentir. Nous notons une certaine puissance lors de l’entrée en bouche. Les arômes fruités se confirment. Ce vin peut se déguster avec du poisson à chair blanche en sauce à la crème, mais également avec des desserts acidulés comme une tarte tatin à l’abricot.

 

 

La Chapelle de Lafaurie-Peyraguey, Sauternes, 2010

 

Encépagement : Sémillon (90%), Sauvignon (8%), Muscadelle (2%)

Prix : 22€

 

Le Château Lafaurie-Peyraguey est un domaine viticole de 41 hectares situé sur la commune de Bommes. En AOC Sauternes, il est classé premier grand cru dans la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855. Les vignes font l’objet de vendanges manuelles et de tries successives. Le vin est élevé dans des barriques en chêne français. L’élevage, également en barrique, s’étend sur une durée de 18 à 20 mois. Ce vin présente 125g/L de sucres résiduels et est d’un degré d’alcool de 13,48%.

 

La robe de ce dernier vin dégusté est légèrement plus foncée que le précédent, mais demeure jaune pâle. Au nez, nous relevons avant tout une certaine puissance. Des arômes de fruits exotiques se laissent découvrir. Nous pouvons ainsi identifier des notes de mangue, mais aussi d’ananas. Le Sauvignon allié au Sémillon dans ce vin offre également des notes fleuries, comme le narcisse ou le jasmin. La puissance du vin est confirmée en bouche. Nous imaginons bien marier ce vin à la dégustation d’un chocolat noir intense.

 

 

Le saviez-vous ? :

 

Impressionné lors de sa première dégustation d’un vin blanc liquoreux du Château d’Yquem, Thomas Jefferson commanda, en 1790, trente douzaines de bouteilles pour George Washington et lui-même.

 

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