Dégustation Château de Camensac

Pour la quatrième dégustation de l’année nous avons eu le plaisir d’accueillir le Château de Camensac. Mélissa Avril, responsable de l’oenotourisme et de la communication est venue nous présenter l’histoire du château ainsi que ses vins en nous proposant une verticale de trois millésimes.Ce dernier est localisé dans le Haut-Médoc, à la frontière de Saint Julien. Les sols localisés près du fleuve ont la particularité d’etre constitués de petits cailloux blancs, les graves qui jouent une importance tout particulière dans l’élaboration des vins. La Gironde influence également le climat ce qui permet d’offrir les conditions de culture optimales à la vigne.

 

L’histoire du château 

Les vins de Bordeaux se sont développés grâce à l’expansion du port de commerce entre le XIIème et le XIVème siècle. Les marchands, Hollandais notamment, ont apporté leurs solutions pour assainir cette région très humide. Ils ont transmis leurs techniques de drainage des sols et ont planté des pins sur la façade océanique du Médoc. Lorsque l’assèchement a été terminé, ces derniers ont planté des vignes car c’est la seule culture capable de croître sur un sol pauvre. 

Au Moyen-Age, les seigneuries, appelées château assuraient la production du vin. La révolution française a entrainé la disparition des seigneuries, les parcelles ont été rachetées par des riches bourgeois bordelais. Puisque le terme de château garantissait un succès à l’étranger, en Angleterre notamment, les bourgeois ont continué de commercialiser leurs vins sous ce nom. Le château désigne la propriété viticole à part entière.

La maison bourgeoise de Camensac qui date de 1799 a été construite par la famille Pop. Le nom est emprunté au lieu-dit où elle se situe. Le domaine appartenait auparavant à un seigneur. Cette famille est restée propriétaire une centaine d’année.Le classement de 1855 demandé par Napoléon consacre leur travail, lorsque le château fut classé en cinquième cru. Cette mission fut confiée à la chambre de commerce de Bordeaux et réalisée par les courtiers en vin de la région, de ce fait elle se fonde sur les prix des vins de 1855. Les crus viennent tous du Médoc à l’exception de château Haut Brion localisé dans les Graves.

En 1904 la famille Cuvelier, des négociants du nord de la France, rachète le domaine et l’exploite jusqu’en 1964. En 1964 les frères Forner, propriétaires du géant espagnol Marques de Caceres et Jean Merlaut reprennent le Château jusqu’en 2005. Leur stratégie de vente repose sur les quantités, ils sont référencés en grande distribution, le but est de faire du volume et de comprimer les marges. Le château de Camensac a alors une réputation de vin local, francophone et assimilé à tort à un vin bas de gamme. 

En 2005 Jean Merlaut accompagné de sa nièce, Céline Villars-Foubet et de son époux, Jean-Pierre Foubet se donne le défi de redonner de la prestance au château. La première nouveauté est le changement d’étiquette, les propriétaires optent pour un design plus épuré et moderne qui traduit leur goût pour l’art contemporain. Le plus gros de leur travail s’est bien évidemment porté sur la qualité du vin. Le cycle d’élaboration signe 70% de la qualité. L’idée communément admise aujourd’hui est qu’un sol de qualité produit un vin de qualité. Les propriétaires sont revenus sur les idées qui ont émergées au cours des années 1960 et 1970. En effet dans un objectif de rendement, les haies de bordures de parcelles avaient été arrachées pour pouvoir cultiver plus d’hectares de vignes. Mais ces haies jouaient un rôle capital pour couper le vent, pour préserver l’écosystème et pour faire une barrière naturelle aux gelées. En 2017, suite au gel qui a fait perdre à Camensac 80% de la future production, 30 000 euros ont été investis pour replanter des haies. 

D’autres changements ont également été apportés. Le désherbage a été arrêté. L’herbe est un rempart contre l’érosion des sols,  c’est une barrière naturelle contre les insectes. Les pieds de vignes sont également moins endommagés par les rongeurs car ils mangent l’herbe à la place de la vigne. Cette réintroduction de l’herbe permet donc d’utiliser moins de produits chimiques. Enfin le désherbage rend les racines moins profondes, or des racines de 10 à 20 mètres de profondeur imprègnent le vin d’un terroir, la production est ainsi de meilleure qualité. Les exploitants ont aussi travaillé sur le vignoble. Depuis 2005, les vignes sont remplacées assez régulièrement, par exemples celles dont les pieds ont été abimés par les tracteurs. Les vignes ont en moyenne 30 ans et les plus vieilles 50 ans. Les vendanges sont aujourd’hui faites manuellement pour parvenir à un tri plus qualitatif. Dans un souci de qualité les jeunes vignes ne sont pas vendangées dans le même lot. Le triage est effectué mécaniquement et vérifié par les vignerons. Ensuite l’aspect en cuve peut s’apparenter à de la chimie. Ce sont les levures ajoutées qui révèlent plus ou moins les précurseurs d’arômes. En effet les molécules de raisin ne sont pas forcément odorantes. Ensuite lors de la fermentation alcoolique d’autres arômes apparaissent. Les propriétaires ont également fait le choix de changer le type de barriques pour avoir des tanins plus doux et des arômes moins toastés et plus vanillés. La durée de l’élevage a été augmentée de 14 à 18 mois. Le château garde 10000 à 20000 bouteilles chaque année en assurance, ce nombre est plus élevé pour les millésimes exceptionnels.

 

Château de Camensac 2008

Cépages : 45% merlot et 55% cabernet sauvignon

Prix : 35-40 euros

Le millésime 2008 est assez représentatif du château de Camensac. Les caprices de la météo ont rendu le début de la maturation difficile mais l’été indien a permis d’obtenir un vin intéressant. Ce vin est prêt à boire après 10 ans de conservation.

La robe est d’un rouge presque noir, très brillante et limpide. Au nez on sent la cerise noire, le cassis et la prune. L’attaque est franche et fraiche avec encore un peu d’acidité présente, il y a un beau volume. Le cabernet sauvignon se retrouve dans le coté épicé de ce vin. Les tanins sont soyeux, veloutés. La finale est douce. Il accompagne à merveille une entrecôte aux sarments.

 

Château de Camensac 2012

Cépages : 50% merlot et 50% cabernet sauvignon

Prix : 30 euros

2012 a été une année très humide, ce qui a aidé au développement rapide de la plante dans un premier temps. La maturité a été ralentie au printemps ce qui a occasionné du retard mais les beaux mois de juillet et aout ont contribué au rétablissement de la vigne. La sécheresse de septembre a permis d’obtenir l’homogénéité souhaitée. L’humidité a menacé encore juste avant les vendanges mais elle a épargné les raisins.

Le  vin est d’une belle couleur bordeaux brillante et sombre. Les fruits et les épices sont particulièrement notables au nez par rapport au millésime de 2008. Le palais offre des notes de fruits noirs gourmands. Le vin reste plus longtemps en bouche, la fraicheur tire sur le réglisse, caractéristique des vins de Camensac. Il en résulte un vin élégant et soyeux. La barrique apporte un aspect torréfié. La finale est persistante. Il s’accorde très bien avec les viandes rouges et le fromage.

 

Château de Camensac 2015

Cépages : 43% merlot, 57% cabernet sauvignon

Prix : 30 euros

En 2015, l’hiver n’a pas été très froid mais assez pluvieux. L’été est très chaud, caractérisé par des épisodes caniculaires qui malmènent la vigne. Les pluies sont profitables au moment de la véraison en août. Les vendanges commencent assez tard.

Ce vin présente une robe grenat soutenu. Au nez, il exhale des arômes floraux, on retrouve de la rose. En bouche il présente des notes de cacao et de cerise noire charnue. L’attaque est franche, il fait preuve d’une vivacité et d’une fraicheur du fait de son jeune âge. Les tanins sont puissants sans etre agressifs. La note épicée est présente à la fin. Le vin se déroule en volume et en longueur. Il est possible de déguster cet excellent Bordeaux avec du chocolat noir, dont l’intensité reste à trouver en fonction des accords

Le saviez-vous ?

Tous les vins de Bordeaux sont vendus en primeur à la place de Bordeaux. En réalité, comme le château fixe un prix unique, la négociation ne se fait que sur les volumes. Les négociants sont néanmoins assez fortement engagés auprès des vignerons par un système d’allocations. Les vins sont ensuite distribués aux cafés, hôtels et restaurants, à la grande distribution et aux exportateurs. Ce système permet d'assurer un partenariat durable entre les producteurs et les négociants. Les négociants sont certains d’avoir accès aux grands millésimes et en contrepartie ils constituent un débouché garanti lorsqu’une année est moins favorable.