Dégustation Château Cheval Blanc

 

Pour la première fois depuis sa création, Dionysos a eu l’immense honneur de recevoir le Château Cheval Blanc. C’est Arnaud de Laforcade, directeur financier, qui est venu nous présenter l’histoire et la philosophie du château ainsi que ses vins d’exceptions. Situé à Saint-Emilion, à la frontière avec Pomerol, Cheval Blanc possède un très vieux terroir dans la région bordelaise. En effet, Saint-Emilion se trouve au confluent de l’Isle et de la Dordogne ce qui lui confère des sols uniques. Si la plupart des autres crus réputés de Saint-Emilion sont localisés sur les formations calcaires datant du Tertiaire, Cheval Blanc se situe sur les alluvions quaternaires de l’Isle, très riches.

 

Un peu d’histoire

 

L’histoire du château débute à l’époque romaine où des villas viticoles s’élevent sur les terres de Saint-Emilion, notamment celle d’Ausone, consul sous l’empire, au IVème siècle. Au Moyen-Age, Saint-Emilion produit des vins dits « honorifiques », au potentiel de garde important et offerts aux personnalités les plus prestigieuses comme les souverains. Des archives relèvent que la métairie baptisée « Cheval Blanc » est vendue au XVIIème siècle par Bertrand de Gombaud pour la somme importante de 1400 livres. Alors que la révolution française se prépare, deux vignerons travaillent la vigne avec l’ambition de créer de grands vins.

Le château tel qu’on le connait aujourd’hui voit le jour en 1832 (ce qui est relativement récent par rapport aux autres grands crus de la région qui datent parfois de l’époque post-Renaissance) sous l’impulsion de Jean-Jacques Ducasse, un notable de Libourne alors président du tribunal de commerce. Depuis, seules quelques parcelles se sont ajouté à la propriété, notamment vingt ans plus tard lorsque Cheval Blanc fait l’acquisition d’une partie du domaine de Figeac.

Le mariage d’Henriette Ducasse, fille du propriétaire et de Jean Laussac-Fourcaud marque un véritable tournant dans l’histoire du château puisque ce dernier entreprend une modernisation sans précédent des méthodes de vinification. Il est le premier à comprendre que la contrainte hydrique est centrale dans la production de vins qualitatifs. Il aménage alors un réseau de drainage couvert sur certaines parcelles, permettant ainsi une bonne irrigation de la vigne. Mais le changement le plus marquant intervient entre 1960 et 1971 lorsque Jean Laussac-Fourcaud prend une décision aussi originale que novatrice : une partie de la vigne est replantée et le vigneron opte pour un nouvel encépagement, fait pour moitié de Merlot, cépage-roi de la Rive Droite, et pour moitié de Cabernet Franc. Les succès s’enchainent alors : médaille de bronze à l’Exposition universelle de Londres (1862) et médailles d’or à l’Exposition universelle de Paris et d’Anvers (1878 et 1886). Le château Cheval Blanc côtoie alors les plus grands crus du Médoc dans les cercles bourgeois parisiens et londoniens. Les deux générations suivantes perpétuent l’œuvre de Jean Lassac-Fourcaud.

En 1954 leur travail est récompensé puisque lors de la première classification des vins de Saint-Emilion, le domaine obtient la plus belle des récompenses : la classification de 1er grand cru classé « A ». Chaque décennie, le château maintien son rang et témoigne du terroir exceptionnel qu’il possède mais aussi du travail considérable nécessaire pour exploiter le potentiel du domaine.

Un nouveau changement intervient en 1998 lorsque Bernard Arnauld et le baron Albert Frère deviennent propriétaire du château. Le travail continue dans le respect de l’histoire et des méthodes de vinification historiques. En effet, les nouveaux propriétaires s’inscrivent toujours dans la volonté de stabilité des vins du château et gardent une vision à long terme. Au château Cheval Blanc, on produit des vins qui ne peuvent pas exprimer totalement leur potentiel avant 30 ou 50 années. Les deux collaborateurs et amis n’ont pas peur d’investir massivement pour des vins qui n’arriveront à maturité que dans plusieurs décennies. Leur travail passionné a porté ses fruits, puisqu’en 2016 quelques 115 000 bouteilles de Cheval Blanc sont vendues dans le monde. Du jamais vu depuis 1994…

Aujourd’hui, les composantes du succès du château demeurent l’encépagement singulier, la stabilité et la qualité du vignoble (dans un contexte où le terroir change parfois tous les mètres), la passion des salariés du château et la recherche de l’excellence.

 

Château Quinault l’Enclos 2011

Prix : 31€

Cépages : Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Merlot

 

Depuis 2008, le château Cheval Blanc a fait l’acquisition du domaine Quinault l’Enclos dont les sols sont sableux et de graves. Cet achat a donné un nouveau souffle au château et la moitié des vignes ont été replantées. Ce vin nous montre qu’il est possible de faire l’acquisition d’un vin Saint-Emilion grand cru pour une somme encore raisonnable.

D’une couleur grenat, ce vin présente une bonne intensité aromatique au nez ; on sent des fruits noirs, une certaine fraicheur mais aussi le bois. Une fois en bouche le vin est très impressionnant. Il est rond, généreux, voire même crémeux. En revanche ce n’est pas un vin lourd comme certains vins trop généreux et concentrés. Le château Quinault l’Enclos est très équilibré et chaud en fin de bouche. Il ferait un très bon premier vin de repas mais peut encore mûrir quelques années.

 

Petit Cheval 2011

Prix : 200€

Cépages : 64% Cabernet Franc, 36% Merlot

 

Ce vin est issu d’un terroir plus complexe que le précédent et les exigences qualitatives sont encore un cran au dessus. L’année 2011 a bénéficié d’un climat favorable à l’élaboration d’un grand vin. Seules les années 2003 et 2006 ont été plus chaudes. La période de récolte a été sèche ce qui a permis de travailler dans la sérénité et de sélectionner du très bon raisin.

La robe de ce vin est grenat. Les fruits rouges sont éclatants au nez et on sent rapidement que ce vin dispose d’une bonne densité aromatique. L’eucalyptus et les senteurs végétales comme le romarin permettent de conclure rapidement que ce vin n’est pas un Saint-Emilion ordinaire. En bouche le Petit Cheval est un vin d’une étonnante longueur : il faut au moins quinze secondes avant que les arômes s’effacent. Le vin ne se resserre pas comme un Saint-Emilion classique. Pour autant le côté boisé et vanillé du vin nous laisse présager qu’il faut encore attendre quelques années avant que ce vin devienne un grand vin de table.

 

Cheval Blanc 2015

Prix : Au moins 650€

Cépages : 55% Cabernet Franc, 45 % Merlot

                 

L’année 2015 a été chaude et sèche en début d’année et fraiche pendant la maturation. La récolté a été si homogène que la maison a voulu se concentrer sur le 1er vin et ne pas produire de Petit Cheval Blanc. Le Cheval Blanc 2015 est très caractéristique de l’identité de Cheval Blanc. En cela, il est un vin réussi. Depuis sa création, le château souhaite garder son identité si particulière. Cette singularité peut être résumée en 2 points : la fraicheur liée au Cabernet Franc et le terroir qui rappelle celui de Pomerol. Cette trame donne un statut particulier à Cheval Blanc au sein de l’AOC Saint-Emilion grand cru.

Encore une fois la robe du vin est rubis profonde car le vin est encore jeune. Le nez est fortement dominé par les fruits rouges et par une fraicheur qui rappelle la nature. L’attaque en bouche est puissante mais moins intense que celle du Petit Cheval 2011. La finesse et la complexité du vin sont étonnante pour un vin de cette page. En général, lorsqu’on déguste un vin de Bordeaux, l’attaque est puissante puis les arômes disparaissent et un goût puissant arrive en fin de bouche. Avec le Cheval Blanc 2015 il n’y a rien de cela. Le vin est légèrement acide et incroyablement fin. Les arômes sont très longs en bouche et le final est grandiose.


Cheval Blanc 2011

Prix : Au moins 630€

Cépages : 52% Cabernet Franc, 47€ Merlot, 1% Cabernet Sauvignon

 

Le millésime 2011 doit normalement nous rappeler le vin précédent pour les raisons citées précédemment. Pour autant, l’année 2011, chaude au demeurant, n’a pas connu les pics de chaleur de l’année 2015. Le Cheval Blanc 2011 est le vin que les visiteurs goûtent lorsqu’ils viennent visiter le château. En effet, des professionnels, passionnés ou collectionneurs viennent au domaine pour des dégustations. Au vu du prix des bouteilles cela n’est pas ouvert à tout le monde et il faut montrer pate blanche pour avoir ce privilège.

Preuve de son vieillissement la robe de ce vin est profonde mais pourpre. Le premier nez nous laisse présager le meilleur pour la suite. En effet, arômes de violette et de fruits rouges s’entremêlent et révèlent la complexité du vin. Encore une fois on retrouve une incroyable fraicheur en bouche avec une attaque ample. Par rapport à 2011 le vin est plus cossu, plus sensuel. Le milieu de bouche est gras et les tanins suaves. L’équilibre est parfait pour un vin avec un tel potentiel de garde. En général les vins du Médoc sont plus austères lors de leur première décennie alors que ce Cheval Blanc 2011 est bien plus souriant. Quelques années lui permettront de devenir un vin de table très raffiné.

 

Cheval Blanc 2009

Prix : Environ 1000€

Cépages : 55.9% Merlot, 42.5% Cabernet Franc, 1.6% Cabernet Sauvignon

 

L’année 2009 a été chaude ce qui a permis en raison d’atteindre une bonne maturité. Le Cheval Blanc 2009 est le vin qui dévie le plus de la « trame Cheval Blanc » et dont « l’effet millésime » se ressent le plus. On remarque qu’il y a plus de Merlot. Les dégustateurs ont été agréablement surpris par ce millésime ; certains l’ont même qualifié d’OVNI. Cette année est sans conteste une très bonne année pour le château Cheval Blanc.

La robe est pourpre et intense et le nez est frais et floral mais on pressent déjà que le vin va être plus exotique. En bouche, aucune hésitation possible, ce vin est plus épicé que les précédent et cela n’est pas pour nous déplaire. La structure est plus forte et le vin est vigoureux. Le Cheval Blanc 2009 est un vin qui se montre plus et qui nous étonne grâce à ses arômes de figue fraiche, de mûres, de fruits rouges tels que la cerise et la framboise, ainsi que de violette. La suavité est le maître mot de cette dégustation. Les créateurs de ce vin lui prédisent un grand avenir et un très grand potentiel de garde.

 

Cheval Blanc 2006

Prix : Au moins 700€

Cépages : 54% Merlot, 45% Cabernet Franc, 1% Cabernet Sauvignon

                 

Cela fait déjà 12 ans que ce vin attend en cave et au vu de la complexité des vins précédents on ne peut que s’attendre à quelque chose de grandiose. Comme pour tous les millésimes dégustés précédemment l’année a été chaude. Cette année s’est révélée favorable au cépage Merlot, on peut donc s’attendre à retrouver des arômes typiques ; à savoir les fruits rouges.

D’une robe couleur mûre, le Cheval Blanc 2006 offre un nez puissant et très aromatique tout en gardant la fraicheur inhérente à Cheval Blanc. On pense rapidement aux sous-bois et aux fraises confites. En bouche, on a presque l’impression d’avoir affaire à des fruits croquants. Les différents arômes s’entremêlent et il est bien difficile de trouver les mots pour décrire une telle réalisation. L’attaque est ample et on retrouve la finesse du Cabernet Franc. Les tanins sont légèrement enrobés et le vin est d’une grande longueur en bouche. Le millésime 2006 fera un excellent vin de table mais dispose encore d’un bon potentiel de garde (plus de quinze ans).

 

Le saviez-vous ?

Le château cheval blanc est l’une des dernières maisons bordelaises à changer le bouchon des bouteilles. Si par chance vous possédez une caisse de Cheval Blanc 1990, vous saurez dorénavant qu’il est possible de redonner une seconde vie à vos bouteilles. L’opération n’est pas anodine puisque l’oxydation a entrainé l’évaporation d’une partie du vin. Douze bouteilles peuvent donc devenir neuf bouteilles après l’opération, mais vous repartirez avec un certificat du château attestant que vos bouteilles sont bonnes.