La gueule de bois, chronique d'un phénomène méconnu 

« Driiiing, driiiiiing », 14h30 du mat’, j’émerge péniblement de ma couette tandis que mon réveil me broie le crâne. Oh ma tête ! Cette bouteille c’était celle de trop. Après avoir séché 3 cours, je me réveille avec la bouche pâteuse, des souvenirs confus et l’impression d’avoir un éléphant piétinant ma caboche.

Ne nous mentons pas cela nous est tous arrivé un jour. Cependant, peu de personnes savent d’où provient ce phénomène incontournable de la vie étudiante. Pour remédier à cela nous avons mené notre enquête.

Tout d’abord un petit point lexical, la gueule de bois est plus scientifiquement désignée sous le nom de Veisalgie. C’est un néologisme formé en l’an 2000 par des chercheurs américains à partir du mot norvégien kveis (malaise qui suit la débauche) et de la racine grecque algia (douleur). Ce phénomène se caractérise par une sensation inconfortable qui se manifeste à la suite d'une consommation excessive de boisson alcoolisée. Elle arrive 6 à 8 heures après la consommation d’alcool, lorsque l’alcoolémie diminue, et elle atteint un maximum lorsque l’alcoolémie redevient nulle. La gueule de bois peut apparaître dès la consommation d'un verre, et touche presque tout le monde au-delà de cinq verres. Elle serait la conséquence à une déshydratation du corps du fait des efforts de ce dernier pour éliminer l’alcool absorbé. Ce sujet d’étude reste encore largement négligé puisqu’à peine 0,2% des travaux scientifiques lui sont consacrés. Il est intéressant de noter que la gueule de bois affligerait davantage les petits buveurs et moins fréquemment les véritables alcooliques. Gérard Depardieu est donc sauvé…

Les symptômes les plus communs  de la Veisalgie sont le mal de tête, les nausées, la diarrhée, une perte de l’appétit, des tremblements et de la fatigue.

 Soucieux d’éviter à ses fidèles les conséquences néfastes d’une soirée trop arrosée Dionysos vous dévoile ici quelques astuces pour s’épargner la gueule de bois : 

-Tout d’abord privilégier les alcools blancs (type vodka, gin) par rapport aux alcools bruns (vin rouge, whisky). Ces derniers contiennent en effet davantage de substances nommées « congénères » qui intensifieraient le phénomène.

-Eviter la « piquette », cela vaut notamment pour les spiritueux qui sont d’autant moins dangereux pour votre crâne s’ils sont de bonne qualité.

-Boire de l’eau évidemment permet de retarder la déshydratation.

En revanche un certain nombre de légendes urbaines, parfois farfelues voire dangereuses, circulent sur la gueule de bois. Il est évidemment inutile de :

-Faire une prière à Bacchus pour qu’il nous épargne son courroux.

-Boire une cuillerée d’huile pour tapisser le fond de son estomac, c’est inutile et peut donner des nausées.

-Soigner le mal par le mal en buvant le lendemain matin. Cela ne peut qu’aggraver le phénomène.

-Les substances ou boissons miracles censées faire disparaitre la gueule de bois sont au mieux chères et inefficaces, au pire dangereuses pour la santé.

Trop souvent méprisé, l’aspect culturel de la gueule de bois n’est pourtant à négliger. Ainsi, cette expression est passée dans le langage courant pour finir par désigner un difficile retour sur terre. Lors de la dernière coupe du monde de football les supporters du Brésil se sont par exemple réveillés avec la gueule de bois après le match contre l’Allemagne. Le phénomène est également souvent utilisé comme ressort comique dans la fiction. Le cinéma, Very Bad Trip en est l’incarnation, mais aussi les séries mettent ainsi régulièrement en scène des personnages aux lendemains de soirées difficiles. On peut notamment citer la sitcom How I met your mother où chacun des amis possèdent son propre remède loufoque pour se remettre en selle. Le monde musical s’est lui aussi emparé du phénomène comme le montre le succès du tube Hangover de Taio Cruz. Cet engouement n’est pas récent puisque déjà à la Renaissance le Tourdion du musicien Pierre Attaignant évoquait les méfaits du vin clairet.

D’un point de vue plus historique, on retrouve la gueule de bois à toutes les époques. L’exemple vient d’en haut puisque la Bible relate comment Noé s’est enivré par mégarde après le déluge. Elle reste cependant muette sur son réveil… Plus proche de nous Gonzague Saint Bris nous raconte dans sa biographie de Lafayette les soirées arrosées du jeune marquis et leurs conséquences. De même des émigrés français passés au service de la Russie furent abasourdis de voir des généraux incapables de commander à cause de leur gueule de bois. Qui sait, peut-être est-ce une des causes des victoires napoléoniennes ?

En espérant que vous voici désormais plus éclairés sur ce phénomène courant mais pourtant méconnu je vous laisse sur une note d’humour :

Pourquoi vaut-il mieux une gueule de bois qu’une belle-mère ?

 Parce que la gueule de bois finit par disparaître.